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Boutros
Boutros-Ghali
Secrétaire Général
de la Francophonie
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Permettez-nous une petite
entorse à notre règle qui est de réserver
cette rubrique à des interviews de français
ou de francophiles vivants en Australie. Mr Boutros Boutros-Ghali
ne réside pas en Australie mais il a été
Secrétaire Général de l'Organisation
des Nations Unies (ONU) de 1992 à 1996 et il est
depuis 1997, Secrétaire Général de
la Francophonie.
Marie-Laure
Sorel a eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs
reprises en Europe. Ces rencontres informelles lui ont permis
de découvrir un homme brillant, à l'humour
pétillant et au grand sens de la répartie.
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Mr Boutros Boutros-Ghali, vous êtes égyptien, vous
parlez l 'arabe, l'anglais, le français
quelle a été
votre première langue ? Vos parents parlaient-ils le français
? Avez-vous suivi des études en français, en France
?
Ma langue maternelle est évidemment
l'arabe. La majorité de mes livres ont été
écrits en arabe, je rêve en arabe, je me dispute
avec ma femme en arabe! Mais j'ai, très tôt, été
baigné dans la langue française. Mes parents parlaient
le français. Et c'est même dans cette langue qu'ils
me réprimandaient, en présence des domestiques,
afin que ces derniers ne puissent saisir le sens de leurs remontrances.
Plus tard, j'ai fait mes études au lycée franco-égyptien
d'Héliopolis. Plus tard, encore, en 1946, après
avoir passé ma licence à la faculté de droit
du Caire, je suis venu m'installer à Paris, dans le Quartier
latin, pour préparer ma thèse de doctorat.
L'Egypte n'est pas un pays
francophone. Que représente pour vous le fait de parler
français ?
Le fait est que la participation
de l'Egypte au premier Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement
ayant le français en partage, à Paris, en 1986,
a étonné beaucoup de monde. Mais cette entrée
remarquée de l'Egypte dans la Francophonie témoigne,
par-delà les liens culturels, historiques et affectifs
profonds qui la lient à la France depuis la campagne de
Bonaparte, d'une volonté d'être. Une volonté
d'indépendance tout d'abord, puisque la langue française,
continue à jouer le rôle historique qui a été
le sien dans la lutte de l'Egypte, depuis le milieu du 19ème
siècle, pour son indépendance nationale contre l'Empire
ottoman, puis contre l'occupation militaire britannique. La volonté
aussi, et surtout, de s'ouvrir toujours plus sur le monde.
Le français est-elle
la langue dans laquelle vous vous exprimez avec le plus de finesse,
de précision ?
Il est difficile de trancher,
parce que je m'exprime aussi bien et aussi volontiers en français
qu'en arabe. Je crois quand même que c'est en français
que je parviens à m'exprimer avec le plus de nuances.
Dans quelle langue avez-vous
fait votre plus belle déclaration d'amour ?
Encore une question difficile
mais,
après réflexion, je dirais
en français.
A travers votre vécu,
vous ressentez le français plutôt comme une langue
émotionnelle ou intellectuelle ?
Tout dépend du contexte.
Lorsque je rédige un texte juridique, je ressens le français
comme une langue intellectuelle. Lorsque j'écris une lettre
ou un texte plus personnel, ça devient pour moi une langue
émotionnelle.
Vous sentez-vous personnellement
concerné et touché lorsque des difficultés
et des conflits se produisent dans pays francophones ?
Tous les conflits se valent à
mes yeux, qu'ils concernent des pays membres de la Francophonie
ou non, et tous méritent l'attention et l'assistance de
la communauté internationale, comme ils méritent
que les diplomates s'emploient à trouver un règlement
pacifique.
En tant que Secrétaire
Général de l'Organisation Internationale de la Francophonie,
avez-vous un réel pouvoir de pacificateur ? Dans quels
pays intervenez-vous le plus souvent ?
L'Afrique est au cur de
mes préoccupations. Car il faut bien reconnaître
que si la fin de la guerre froide n'a pas mis un terme aux conflits
en Afrique, elle a, en revanche, réduit considérablement
l'intérêt stratégique de ce continent. Le
risque majeur pour l'Afrique, c'est donc d'être abandonnée
par la communauté internationale. C'est de voir l'indifférence
se retrancher derrière l'alibi de la non ingérence.
Là encore, comme, je le disais, il faut que la communauté
internationale, dans son ensemble, prenne ses responsabilités
en matière de sécurité, partout dans le monde,
et singulièrement en Afrique.
C'est, en tout cas, dans
cet esprit, que l'Organisation internationale de la Francophonie
mène des missions de médiation, de conciliation,
souvent longues et difficiles, mais qui témoignent de l'intérêt
et de la disponibilité constante de notre institution,
tant avant, que pendant, et après la résolution
des conflits. C'est ainsi que depuis 1998, date à laquelle
la Francophonie politique et diplomatique est véritablement
entrée en action, nous sommes présents au Togo,
en République démocratique du Congo, au Burundi,
en République centrafricaine, aux Comores.
Existe-t-il un bureau ou une
antenne de la Francophonie en Australie ?
Nos bureaux régionaux sont
implantés dans les pays membres. Et l'Australie n'est pas
membre de l'Organisation internationale de la Francophonie. Il
n'en demeure pas moins que la francophonie ne saurait se limiter
aux frontières de son espace institutionnel. Il y des francophones
et des francophiles en Australie, en Italie, aux Etats-Unis, au
Japon, en Russie
partout dans le monde, bien au-delà
des 55 Etats et gouvernements qui ont rejoint officiellement la
communauté francophone. A cet égard, je crois que
la francophonie peut véritablement, grâce aux outils
modernes de communication, et particulièrement l'Internet
(1), trouver un nouveau souffle. Nous avons aujourd'hui la possibilité
de dialoguer avec tous ces francophones de par le monde qui expriment
souvent le désir ardent d'être plus étroitement
associés à nos projets. Et c'est cette francophonie
sans exclusive, ouverte sur le large, que je m'attache, pour ma
part, à promouvoir.
(1) le site internet de l'Organisation Internationale de la Francophonie
: http://www.francophonie.org