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CORINNE
BOT
Choisir son pays, ça rend plus fort!

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Corinne Bot est connue dans la communauté
française en tant que fondatrice et directrice de
Polyglot Personnel, une agence de recrutement bilingue et
"cross-culturelle". Diplômée en Ressources
Humaines, cette jeune femme est effectivement pleine de
ressources
Elle porte en elle le génie et l'énergie
de concrétisation. L'Australie lui a donné
la force de se réaliser pleinement.
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- Corinne, vous vivez en Australie depuis 12 ans, qu'est-ce qui
a motivé votre choix ?
L'Australie n'a pas été
mon choix au démarrage. J'avais 23 ans, mon mari (à
l'époque on n'était pas mariés) avait été
envoyé pour sa coopération. On est partis pour 18 mois
et au bout de 6 mois on est tous les deux tombés amoureux de
l'Australie. Mais avant de partir, l'Australie n'était pas
un rêve. Pas du tout. A l'époque, je finissais mes études
de Ressources Humaines. J'ai rencontré mon mari 5 semaines
avant qu'il ne parte faire sa coopération, la veille de mon
dernier examen pour ma maîtrise. Je suis partie deux mois et
demi après pour le rejoindre. J'ai fait un seating à
l'immigration pour avoir un visa de travail. Ce n'était pas
évident.
J'ai tout de suite cherché du travail parce que j'aime bosser
mais aussi parce que financièrement c'était pas ça
! Et travailler, c'est ce qu'il y a de mieux pour s'intégrer
! Je pensais que mon anglais était excellent ! J'ai eu un choc,
je ne comprenais pas grand chose. Et le premier boulot que j'ai eu,
c'était un boulot de télémarketing, donc au téléphone
! Je me suis toujours demandée comment l'agence avait pu me
donner ce poste. Mais en fait je suis rapidement devenue la meilleure
vendeuse. On vendait des billets de loterie pour la sclérose
en plaque et avec mon accent français, je passais très
bien. Ca m'a donné confiance en moi.
- Alors vous êtes rentrés en France tous les deux
après la coopération ?
Oui, et quand on a décidé de repartir, j'étais
enceinte de ma fille qui va avoir 9 ans maintenant. Et là,
on est revenus par choix. Pendant un peu plus de 2 ans j'ai fait des
petits boulots qui n'étaient pas de mon domaine parce que je
ne maîtrisais pas assez l'anglais pour être dans les ressources
humaines. Et d'autre part, les lois australiennes sont différentes
des lois françaises. J'aurais pu retourner à l'université
mais ça coûtait très cher. Alors ensuite je suis
rentrée dans un gros cabinet de recrutement à Sydney.
J'y suis restée pendant 5 ans. Jusqu'à ce que mon mari
soit muté à Perth. Là, j'ai cru qu'on allait
divorcer parce que quand je ne travaille pas c'est l'horreur. C'est
là que j'ai eu mon fils. On y est restés 15 mois et
ça fait 5 ans qu'on est revenus sur Sydney.
- Aviez-vous l'intention de retravailler dans le recrutement ?
En fait ce sont mes anciens clients qui m'ont appelée dès
qu'ils ont su que j'étais de retour. Ils cherchaient un contrôleur
financier. Je leur en ai trouvé un et j'ai commencé
à me remettre dans le bain avec ce premier contrat. Mais j'ai
recommencé toute seule, de chez moi, en pensant que j'allais
être consultant indépendant. Mon fils avait 6 mois. Et
en fait, ça a bien marché. J'ai créé Polyglot
Personnel et j'ai engagé une secrétaire et une assistance
parce que j'avais pas mal de clients. Et là, on va arriver
à la cinquième année et nous sommes 20 personnes.
Au début j'étais spécialisée dans la clientèle
française mais maintenant j'ai des départements japonais,
chinois, allemand, espagnol, italien. On est spécialisés
bilingue et multiculturel. Disons en cross-culture. On place aussi
des gens qui connaissent la culture de l'entreprise et son pays d'origine.
- En ce qui vous concerne, avez -vous eu du mal à vous adapter
à l'Australie ?
Non, je n'ai pas eu de difficultés. Mais c'est plus facile
quand on arrive à 23 ans. Mon mari et moi nous n'avions jamais
vécus ensemble avant. Moi je sortais presque de chez mes parents.
A cet âge là on n'est pas finis en tant qu'adulte. Ca
a été facile pour s'adapter et s'intégrer parce
qu'on a tout bâti ici. On a aimé le climat, la façon
de vivre, les opportunités
Ici on était reconnus
pour ce que l'on faisait et non pour notre carte de visite. Et dans
la rue, dès qu'on sortait une carte pour se repérer,
les gens venaient tout de suite pour nous aider. Je venais de Paris
et au début je restais sur la réserve, je me demandais
ce qu'on me voulait.
- Depuis 12 ans, l'Australie a-t-elle changé au niveau de
cet esprit d'entre-aide ?
Oui, un peu. C'est normal, plus il y a de monde, moins on est attentif
à l'entourage. Mais je vois à Sydney, les gens sont
très ouverts. Pour moi, Melbourne c'est une ville plutôt
européenne. Sydney, c'est multiculturel, c'est la "Fruit
Salad". Tout le monde garde son identité et tout le monde
est mélangé et ça fonctionne très bien.
Tous les australiens sont des australiens d'origine quelque chose.
Et c'est pas un problème. Dans les écoles, le nombre
d'enfants qui parlent plusieurs langues est effarant. Et les gens
veulent garder leur culture d'origine et ils y arrivent. Ce que j'apprécie
aussi ici, c'est que vous pouvez avoir à la même table,
un maçon, un président directeur général
de société
Moi, c'est ce que j'aime ici.
- Est-ce cette liberté d'être soi-même que vous
appréciez ?
Oui, voilà. Moi je vis cette liberté d'être
moi-même, avec le sentiment que tout est possible. Et c'est
vrai, tout est possible. Je n'aurais jamais fait ce que j'ai fait
là, en Europe. Non pas parce que je n'aurais pas été
capable mais parce qu'en Europe c'est plus difficile d'installer quelque
chose et de commencer comme ça. Je n'aurais pas été
aussi entreprenante. J'aurais choisi la voie classique dans une DRH
de grosse société. Je n'aurais pas été
ni plus heureuse ni plus malheureuse. Ca aurait été
complètement différent. Maintenant je sais que le fait
de choisir son pays, ça rend fort. C'est clair. Je suis fondamentalement
française mais je suis australienne par choix.
- Ressentez-vous des manques par rapport à la France ?
Non, pas pour l'instant. Bien sûr les gens me manquent. Mais
pas le pays en tant que tel. J'ai perdu ma grand-mère, je n'ai
pas pu y être. Ce n'est pas facile et ça fait réfléchir
J'aime aller en France mais au bout de 10 jours j'étouffe.
Ca va peut-être aller un peu mieux mais je trouve que les gens
étaient assez moroses ces dernières années. Quand
on part pour faire sa vie à l'étranger on n'a plus les
mêmes priorités. Ca c'est difficile à vivre quand
on revient dans son pays d'origine. Aujourd'hui certaines choses me
paraissent insignifiantes alors que pour eux là-bas, ça
ne l'est pas. Il y a un décalage. Mais ce qui est important
pour mon mari et moi c'est que l'on puisse se réaliser respectivement
dans ce que l'on fait.
- Avez-vous quelques conseils pour être heureux ici ?
Le secret pour être heureux
ailleurs que dans son pays
d'origine, c'est d'accepter les choses comme elles sont. J'entends
des gens qui se plaignent, oui mais ici on n'a pas ci, on n'a pas
ça. Oui, mais on n'est pas en France. En ce qui me concerne,
l'Australie n'était pas un rêve. Je ne me suis pas fait
de plan. Je n'ai pas été déçue et je n'ai
pas été agréablement surprise. Je n'ai fait que
constater. Et j'ai constaté que ça me plaisait. En plus,
construire un couple loin de son pays, ça renforce les liens.
Mon mari, c'est aussi mon meilleur ami.
-Quels conseils donneriez-vous à un français qui
cherche du travail en Australie ?
Et bien qu'il vienne me
voir ! (rire) Avoir un bon anglais c'est très important;
être aussi prêt à redescendre. Pas pour longtemps
mais redescendre. Quand on arrive dans un autre pays il faut savoir
se recadrer avant de pouvoir faire ce que l'on veut. Les australiens
n'aiment pas les gens qui ont la grosse tête. Quand on recommence
dans un autre pays, il faut avoir de l'humilité. Et ici, c'est
plus facile d'être soi-même et de faire sortir les potentiels
qu'on porte en soi. Et c'est fabuleux !
- Quels sont vos projets
?
L'agence de Sydney est bien
installée et celle de Melbourne va devenir aussi importante.
L'Australie est pratiquement couverte. Maintenant j'envisage l'Asie
Pacifique. J'ai aussi signé un accord avec la chaîne
de franchise RH Partner en France et en Europe. Eux vont me représenter
là-bas et moi ici pour ce qui concerne les CV "executive".
Moi, je ne m'occupe plus que de la gestion des deux agences et je
fais tout ce qui est "executive search". Les cadres supérieurs.
Et ceux-là, il faut aller les chercher de part le monde. Dernièrement,
une entreprise recherchait un directeur financier de haut niveau spécialisé
dans un domaine. Je savais qu'il n'y en avait que deux ou trois au
monde.
Je suis également à la présidence du board du
lycée français de Sydney, sur le board des 2 Chambres
de Commerce - Sydney et Melbourne - et j'ai été nommée
conseillère du Commerce Extérieur. Sinon, je vais avoir
35 ans et je compte bien lever le pied d'ici 5 ans. Mais en 5 ans,
on peut en faire des choses !
Corinne Bot
Director
Polyglot Personnel
169 Dowling Street
Wooloomooloo - NSW 2011
Tel: (02) 9380 2399
Fax: (02) 9380 2331
Email: corinne@polyglot.com.au
or
Level 7, 505 St Kilda Road
Melbourne - Vic 3004
Tel: (03) 9868 1613
Fax: (03) 9820 0777
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