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Quand
il ne fait pas de mud cake et de pièces montées,
Didier Martin monte sa moto pour rencontrer la boue, la
poussière et l'asphalte des routes du monde. Il part
à la rencontre d'autres peuples, d'autres cultures,
de l'Australie à l'Asie, de l'Europe à l'Amérique
du sud
avec toujours un rêve d'avance. Que va
t-il chercher toujours ailleurs, toujours plus loin ?
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Didier Martin, on va faire un petit voyage dans le temps. Raconte-nous
ton arrivée en Australie.
Alors moi, je vivais dans une
ferme à Louviers, en Normandie. C'était agréable
mais vraiment sans surprise. Je ne me voyais pas rester là
toute ma vie. Je voulais quelque chose de différent. Je
voulais découvrir le monde. J'avais suivi 3 ans d'apprentissage
en tant que pâtissier. J'avais commencé à
travailler. A 20 ans, après mon service militaire, je suis
allé voir les offres d'emplois internationales. Il y avait
des demandes de pâtissiers au Canada, en Nouvelle-Zélande
et en Australie. Le Canada, c'était froid. La Nouvelle-Zélande,
c'était un peu petit. Alors j'ai choisi l'Australie. Je
suis donc arrivé en septembre 78. J'avais le voyage aller
payé et un boulot. Je devais travailler d'abord deux ans
pour une pâtisserie française qui avait été
rachetée par des australiens.
Quand je suis arrivé, je me suis retrouvé dans un
camp d'immigrants à côté de Footscray dans
une petite chambre avec juste un lit et une armoire. Je me suis
demandé si je n'avais pas fait la bêtise de ma vie
! Je ne comprenais rien. Je ne parlais presque pas l'anglais.
Heureusement, la pâtisserie était à South
Yarra. C'était beaucoup plus sympa. Et puis je me suis
marié avec une australienne. La fille de mon patron. Alors
là tout a été de mieux en mieux. J'ai découvert
ici une liberté d'esprit, une liberté d'action que
je n'aurais peut-être jamais connu en France. Et puis une
meilleure qualité de la vie bien sûr. Ici, même
avec un salaire de pâtissier, on peut faire pratiquement
tout ce qu'on veut, on peut s'offrir une belle maison, des voyages,
plein de choses. En France, il faut beaucoup d'argent pour avoir
l'équivalent.
Et puis ici, j'ai toujours trouvé facilement du boulot.
J'ai même créé ma propre pâtisserie
à Toorak. Ca marchait bien mais quand on a divorcé,
ma femme et moi, je n'ai pas voulu continuer ça tout seul
et je voulais avoir du temps pour voyager et pour faire de la
moto.
La moto et les voyages ont toujours été mes grandes
passions. J'avais eu ma première moto à 16 ans et
déjà à l'époque, je roulais jusqu'en
Belgique ou en Angleterre pour suivre des courses de moto. Et
ici, en Australie, j'ai commencé à faire des courses
de motos.
En 80, avec ma femme, j'ai voulu faire Melbourne-Paris en moto
mais on était très mal préparés et
on n'a pas été plus loin que la Thaïlande.
Cet échec ne t'a pas
découragé puisque ce voyage, tu l'as tenté
une nouvelle fois en 97, et là, tu as réussi !
Oui, en fait, Melbourne-Paris
a été mon plus grand voyage en moto. Je suis parti
de Melbourne. Première destination : Darwin. Puis j'ai
traversé toutes les Iles d'Indonésie. Ensuite, Singapour,
la Malaisie, la Thaïlande, le Bangladesh, le Nepal, l'Inde,
le Pakistan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la
Hongrie, l'Autriche, la Suisse et la France. Ca a pris 8 mois.
Alors quels sont les pays qui
t'ont le plus marqués ?
La Colombie ! C'est le pays que
j'ai préféré. Et puis le Bangladesh. J'ai
adoré le Bengladesh. En fait, ce sont surtout les gens
qui m'attirent. Pas tellement les places culturels. C'est pour
ça que je recherche les petits villages pour voir comment
les gens vivent, pour essayer de communiquer avec eux. Je veux
vivre avec les gens. Et plus c'est authentique mieux c'est.
Ce qui est exceptionnel au Bengladesh par exemple, c'est qu'il
y a très peu de touristes, alors les gens sont plus authentiques.
Quel est pour toi la meilleure
partie d'un voyage : la préparation, la chevauchée
sauvage sur ta moto, les rencontres ou le retour quand tu peux
raconter tout ça aux copains ?
Oh ben, avant de partir, c'est
l'excitation. J'ai le cur qui bat à toute allure.
Mais il faut dire que pour mon grand voyage, Melbourne-Paris en
moto, quand j'ai passé la frontière Suisse et que
je suis entré en France, qu'est-ce que j'étais heureux
!! J'avais réalisé mon rêve, j'avais réussi
! Parce que, jusqu'au bout, c'est jamais gagné. Il suffit
de se casser un truc et ça y est, on est obligé
de s'arrêter. Alors quand je suis arrivé à
Louviers, dans ma ville, tout le monde m'attendait, même
le Maire. Bon, c'était fort quoi.
Mais tout le voyage est très fort en fait. Chaque jour.
Parce que dans la vie de tous les jours, tout est planifié.
Mais en voyage, quand on se lève le matin, on ne sait pas
du tout ce qui va se passer. Il va falloir faire preuve d'ouverture
et d'imagination parfois pour faire face à de nouvelles
situations complètement inattendues. Le cerveau est en
éveil perpétuel. On repousse nos limites.
As-tu connu des moments vraiment
difficiles au cours de tes voyages ?
Oui, alors le plus dur, ça
a été en Colombie un jour où j'essayais de
rejoindre un petit village de pêcheurs en avançant
à pied à travers champs. J'étais seul et
là, j'ai vu arriver quatre grands gaillards. Ils m'ont
mis le couteau sous la gorge et m'ont complètement dépouillé.
Quand ils m'ont mis la main dans mon short, j'ai cru qu'ils voulaient
me violer. Heureusement, ils ne cherchaient que mon portefeuille.
Je me suis retrouvé en short en pleine campagne, sans même
des chaussettes, à 40°C à l'ombre. Je ne pouvais
pas poser le pied par terre tellement c'était brûlant.
J'ai rejoint le village le plus proche en avançant sur
les fesses entre les cactus ! C'était une question de survie.
Et arrivé au village, quand les gens m'ont vu arriver comme
ça, tout en sang, ils m'ont accueilli, aidé, soigné.
Ils ont été vraiment adorables.
Le 2ème moment difficile, c'était au Bengladesh
où j'ai eu un accident de moto. C'est un mec en petit taxi-moto
qui m'a coupé la route sans regarder et on s'est rentrés
dedans. Oh la la, j'avais l'épaule démolie, j'étais
par terre, sonné et ma moto en piteux état au bord
de la route. C'était sur une route de campagne et pourtant,
au bout de 3 minutes, j'étais encerclé par une foule
incroyable de curieux qui parlaient fort et faisaient de grands
gestes. Paradoxalement, là, je me sentais très seul
! Le chauffeur du taxi-moto m'engueulait parce que selon leurs
principes, c'est toujours l'étranger qui est en faute car
il n'avait qu'à pas passer par là ! Autrement dit,
je devais lui payer la réparation de son taxi alors qu'il
était responsable de l'accident. Mais bon, valait mieux
pas discuter. J'ai été conduit au chef du village
et je m'en suis bien sorti. J'ai donné ce que j'avais en
poche, l'équivalent de $15 et ça allait.
Voilà, j'ai aussi eu un problème avec la moto à
quelques centaines de kilomètres de l'Iran. Une vulgaire
crevaison. Mais j'étais en plein désert, tout seul,
sous un soleil de plomb, avec seulement un fond de gourde d'eau
bouillante sur moi. Dans ces cas-là, ou on arrive à
réparer la panne ou on meurt sur place, c'est aussi radical
que ça. Bon, je m'en suis sorti.
Tu ne t'es jamais dis un jour
: là, je suis allé trop loin, je risque ma vie !
Ah si, une fois, j'ai cru que
j'étais foutu. C'était au Darién P.N. Alors
le Darién P.N, c'est une bande de terre entre le Panama
et la Colombie. Ce n'est qu'un sombre marécage de 200 km
de long. Il n'y a aucune route, rien. On ne peut le traverser
qu'à pied et apparemment, personne ne l'avait jamais encore
tenté. Ils ont fait un texte ensuite sur cette terre dans
le Colombian Travel Guide à partir des infos que je leur
ai données. J'étais le seul à pouvoir en
parler. Et aujourd'hui, il n'est plus possible d'y aller à
cause des trafiquants de drogues qui occupent la région.
Je n'avais même pas pris à manger mais à chaque
fois que je traversais un village d'indiens, j'étais invité
par le chef du clan. Et pour me repérer, je me fiais simplement
à la position du soleil. Mais à un moment, j'étais
en pleine jungle au bord d'une rivière, à moitié
englouti dans les marécages et je ne retrouvais plus du
tout mon chemin. J'ai mis ma tête dans mes mains et je me
suis dit que c'était fini, je n'allais plus jamais revoir
mes enfants. Et là, miracle, un indien est passé
en pirogue et il m'a amené à son village. J'étais
presque arrivé à rejoindre la Colombie mais je ne
le savais pas.
Tu parts toujours seul. Cette
solitude, tu la recherches ? C'est ta meilleure compagne ?
Oh non, non, je ne suis pas un
solitaire dans l'âme. Au contraire, j'adore les rencontres.
Les rencontres, c'est même le principal but de mon voyage.
Je voyage seul parce que c'est déjà très
difficile de réussir un grand voyage seul alors à
deux, c'est impossible, les problèmes sont multipliés
par deux. Et puis, pour faire des rencontres, il vaut mieux être
seul. A deux, en moto, on ferait peur aux villageois. Personne
ne viendrait vers nous. Seul, je suis vulnérable mais je
suis plus abordable. C'est le prix qu'il faut payer.
A part ce qui fait les spécificités
évidentes de chaque pays, y a t-il quelque chose de précieux
qu'on rencontre ailleurs et qu'on ne trouve pas en France et peut-être
pas non plus en Australie ?
Oui, c'est la chaleur humaine.
Le sens de la famille et la chaleur humaine qu'on rencontre au
sein de la famille. Dans les pays développés comme
la France ou l'Australie, on cherche trop à gagner de l'argent,
à acheter des trucs, des machines, des choses extérieures
à nous alors que dans des pays plus traditionnels, plus
pauvres comme le Bengladesh ou la Colombie, la seule richesse
qu'ils ont c'est leur cur, leur famille. Alors leur chaleur
humaine est incomparablement plus forte. Ils n'ont pas grand chose
mais ils se réunissent entre eux, ils chantent, ils rient,
ils partagent le repas et c'est ça leur joie, et ça
leur suffit. Cette chaleur là, cette joie là, elles
ne s'achètent pas. Elles n'ont pas de prix parce qu'elles
sont plus précieuses que tout ce qui s'achète. Et
nous, dans nos pays riches, on a perdu ça. Il ne nous reste
que ce qui a une valeur marchande.
Voilà, c'est ça que je recherche, c'est l'humanité.
Ca n'a rien à voir avec ce qu'on voit à Los Angeles
par exemple où tout le monde t'accueille avec un grand
sourire et le lendemain, on t'oublie complètement. Dans
les pays que j'ai traversés, quand un lien est tissé,
il est là pour la vie.
C'est un paradoxe assez étonnant
parce que toi tu as quitté ta famille pour venir vivre
en Australie !
Ah oui, c'est vrai, mais je peux
te dire qu'avec mes enfants, il n'y a rien de plus important pour
moi que mes parents, ma famille. Je suis très proche d'eux.
Ils viennent chaque année me voir. On se téléphone
toutes les semaines. Je suis plus proche d'eux par le cur
que beaucoup de gens qui vivent à deux pas de leur parents
tu vois. La distance, c'est rien.
Tu es aussi un coureur de marathon.
As-tu pensé laisser ta moto au garage pour faire un jour
un voyage en courant ?
Non, j'ai commencé à
courir quand j'ai arrêter les courses de moto. Quand j'ai
eu mes deux enfants, je ne voulais plus prendre ce genre de risques
et puis les courses de moto, ça coûte cher. Alors
comme je voulais faire du sport, j'ai commencé à
faire du jogging puis j'ai participé à des marathons.
A New York, Berlin, Londres
A New York par exemple, j'ai
fini 218ème sur 30 000 participants. Et 1er pour l'Australie.
Alors quel est la prochaine
aventure en préparation ?
Alors le prochain voyage est prévu
l'année prochaine. C'est carrément un tour du monde
en moto. Je démarre par l'Afrique, l'Egpte, le Moyen-Orient,
la Turquie, l'Europe, toute la Russie, puis le Japon, les Etats-Unis
et de là, je descend jusqu'au sud de l'Argentine, en Terre
de feu.
Est-ce que tu te sens un peu
partout chez toi ou est-ce encore la France
ton vrai port d'attache ?
Ah oui, mon pays, c'est la France.
Ca, y a rien à faire. Je me sens français à
100%. Pourtant, j'ai maintenant vécu plus longtemps en
Australie qu'en France, mais je suis français. J'adore
vivre en Australie, c'est un pays hyper agréable mais je
suis français. Et ça, je crois que ça ne
changera jamais. Je ne me sens pas déraciné du tout,
au contraire, j'ai des racines et des ailes.
Didier Martin
Melbourne - Australie
Email: didiermartin56@hotmail.com
Depuis octobre 2002, Didier Martin fait un tour du monde en moto.
Le but de son voyage est de rencontrer des enfants des pays les
plus démunis
pour rapporter des films qu'il présentera à son retour
en Australie afin
d'aider l'association World Vision.
Vous poouvez suivre son périple sur son site internet :
Web site: www.ride4kids.t2u.com