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20/07/01

DIDIER MARTIN
Le Pâtissier Aventurier
www.ride4kids.t2u.com
Quand il ne fait pas de mud cake et de pièces montées, Didier Martin monte sa moto pour rencontrer la boue, la poussière et l'asphalte des routes du monde. Il part à la rencontre d'autres peuples, d'autres cultures, de l'Australie à l'Asie, de l'Europe à l'Amérique du sud…avec toujours un rêve d'avance. Que va t-il chercher toujours ailleurs, toujours plus loin ?

Didier Martin, on va faire un petit voyage dans le temps. Raconte-nous ton arrivée en
Australie.

Alors moi, je vivais dans une ferme à Louviers, en Normandie. C'était agréable mais vraiment sans surprise. Je ne me voyais pas rester là toute ma vie. Je voulais quelque chose de différent. Je voulais découvrir le monde. J'avais suivi 3 ans d'apprentissage en tant que pâtissier. J'avais commencé à travailler. A 20 ans, après mon service militaire, je suis allé voir les offres d'emplois internationales. Il y avait des demandes de pâtissiers au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le Canada, c'était froid. La Nouvelle-Zélande, c'était un peu petit. Alors j'ai choisi l'Australie. Je suis donc arrivé en septembre 78. J'avais le voyage aller payé et un boulot. Je devais travailler d'abord deux ans pour une pâtisserie française qui avait été rachetée par des australiens.
Quand je suis arrivé, je me suis retrouvé dans un camp d'immigrants à côté de Footscray dans une petite chambre avec juste un lit et une armoire. Je me suis demandé si je n'avais pas fait la bêtise de ma vie ! Je ne comprenais rien. Je ne parlais presque pas l'anglais.
Heureusement, la pâtisserie était à South Yarra. C'était beaucoup plus sympa. Et puis je me suis marié avec une australienne. La fille de mon patron. Alors là tout a été de mieux en mieux. J'ai découvert ici une liberté d'esprit, une liberté d'action que je n'aurais peut-être jamais connu en France. Et puis une meilleure qualité de la vie bien sûr. Ici, même avec un salaire de pâtissier, on peut faire pratiquement tout ce qu'on veut, on peut s'offrir une belle maison, des voyages, plein de choses. En France, il faut beaucoup d'argent pour avoir l'équivalent.
Et puis ici, j'ai toujours trouvé facilement du boulot. J'ai même créé ma propre pâtisserie à Toorak. Ca marchait bien mais quand on a divorcé, ma femme et moi, je n'ai pas voulu continuer ça tout seul et je voulais avoir du temps pour voyager et pour faire de la moto.
La moto et les voyages ont toujours été mes grandes passions. J'avais eu ma première moto à 16 ans et déjà à l'époque, je roulais jusqu'en Belgique ou en Angleterre pour suivre des courses de moto. Et ici, en Australie, j'ai commencé à faire des courses de motos.
En 80, avec ma femme, j'ai voulu faire Melbourne-Paris en moto mais on était très mal préparés et on n'a pas été plus loin que la Thaïlande.

Cet échec ne t'a pas découragé puisque ce voyage, tu l'as tenté une nouvelle fois en 97, et là, tu as réussi !

Oui, en fait, Melbourne-Paris a été mon plus grand voyage en moto. Je suis parti de Melbourne. Première destination : Darwin. Puis j'ai traversé toutes les Iles d'Indonésie. Ensuite, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Bangladesh, le Nepal, l'Inde, le Pakistan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, la Suisse et la France. Ca a pris 8 mois.

Alors quels sont les pays qui t'ont le plus marqués ?

La Colombie ! C'est le pays que j'ai préféré. Et puis le Bangladesh. J'ai adoré le Bengladesh. En fait, ce sont surtout les gens qui m'attirent. Pas tellement les places culturels. C'est pour ça que je recherche les petits villages pour voir comment les gens vivent, pour essayer de communiquer avec eux. Je veux vivre avec les gens. Et plus c'est authentique mieux c'est.
Ce qui est exceptionnel au Bengladesh par exemple, c'est qu'il y a très peu de touristes, alors les gens sont plus authentiques.

Quel est pour toi la meilleure partie d'un voyage : la préparation, la chevauchée sauvage sur ta moto, les rencontres ou le retour quand tu peux raconter tout ça aux copains ?

Oh ben, avant de partir, c'est l'excitation. J'ai le cœur qui bat à toute allure. Mais il faut dire que pour mon grand voyage, Melbourne-Paris en moto, quand j'ai passé la frontière Suisse et que je suis entré en France, qu'est-ce que j'étais heureux !! J'avais réalisé mon rêve, j'avais réussi ! Parce que, jusqu'au bout, c'est jamais gagné. Il suffit de se casser un truc et ça y est, on est obligé de s'arrêter. Alors quand je suis arrivé à Louviers, dans ma ville, tout le monde m'attendait, même le Maire. Bon, c'était fort quoi.
Mais tout le voyage est très fort en fait. Chaque jour. Parce que dans la vie de tous les jours, tout est planifié. Mais en voyage, quand on se lève le matin, on ne sait pas du tout ce qui va se passer. Il va falloir faire preuve d'ouverture et d'imagination parfois pour faire face à de nouvelles situations complètement inattendues. Le cerveau est en éveil perpétuel. On repousse nos limites.

As-tu connu des moments vraiment difficiles au cours de tes voyages ?

Oui, alors le plus dur, ça a été en Colombie un jour où j'essayais de rejoindre un petit village de pêcheurs en avançant à pied à travers champs. J'étais seul et là, j'ai vu arriver quatre grands gaillards. Ils m'ont mis le couteau sous la gorge et m'ont complètement dépouillé. Quand ils m'ont mis la main dans mon short, j'ai cru qu'ils voulaient me violer. Heureusement, ils ne cherchaient que mon portefeuille. Je me suis retrouvé en short en pleine campagne, sans même des chaussettes, à 40°C à l'ombre. Je ne pouvais pas poser le pied par terre tellement c'était brûlant. J'ai rejoint le village le plus proche en avançant sur les fesses entre les cactus ! C'était une question de survie. Et arrivé au village, quand les gens m'ont vu arriver comme ça, tout en sang, ils m'ont accueilli, aidé, soigné. Ils ont été vraiment adorables.
Le 2ème moment difficile, c'était au Bengladesh où j'ai eu un accident de moto. C'est un mec en petit taxi-moto qui m'a coupé la route sans regarder et on s'est rentrés dedans. Oh la la, j'avais l'épaule démolie, j'étais par terre, sonné et ma moto en piteux état au bord de la route. C'était sur une route de campagne et pourtant, au bout de 3 minutes, j'étais encerclé par une foule incroyable de curieux qui parlaient fort et faisaient de grands gestes. Paradoxalement, là, je me sentais très seul ! Le chauffeur du taxi-moto m'engueulait parce que selon leurs principes, c'est toujours l'étranger qui est en faute car il n'avait qu'à pas passer par là ! Autrement dit, je devais lui payer la réparation de son taxi alors qu'il était responsable de l'accident. Mais bon, valait mieux pas discuter. J'ai été conduit au chef du village et je m'en suis bien sorti. J'ai donné ce que j'avais en poche, l'équivalent de $15 et ça allait.
Voilà, j'ai aussi eu un problème avec la moto à quelques centaines de kilomètres de l'Iran. Une vulgaire crevaison. Mais j'étais en plein désert, tout seul, sous un soleil de plomb, avec seulement un fond de gourde d'eau bouillante sur moi. Dans ces cas-là, ou on arrive à réparer la panne ou on meurt sur place, c'est aussi radical que ça. Bon, je m'en suis sorti.

Tu ne t'es jamais dis un jour : là, je suis allé trop loin, je risque ma vie !

Ah si, une fois, j'ai cru que j'étais foutu. C'était au Darién P.N. Alors le Darién P.N, c'est une bande de terre entre le Panama et la Colombie. Ce n'est qu'un sombre marécage de 200 km de long. Il n'y a aucune route, rien. On ne peut le traverser qu'à pied et apparemment, personne ne l'avait jamais encore tenté. Ils ont fait un texte ensuite sur cette terre dans le Colombian Travel Guide à partir des infos que je leur ai données. J'étais le seul à pouvoir en parler. Et aujourd'hui, il n'est plus possible d'y aller à cause des trafiquants de drogues qui occupent la région.
Je n'avais même pas pris à manger mais à chaque fois que je traversais un village d'indiens, j'étais invité par le chef du clan. Et pour me repérer, je me fiais simplement à la position du soleil. Mais à un moment, j'étais en pleine jungle au bord d'une rivière, à moitié englouti dans les marécages et je ne retrouvais plus du tout mon chemin. J'ai mis ma tête dans mes mains et je me suis dit que c'était fini, je n'allais plus jamais revoir mes enfants. Et là, miracle, un indien est passé en pirogue et il m'a amené à son village. J'étais presque arrivé à rejoindre la Colombie mais je ne le savais pas.

Tu parts toujours seul. Cette solitude, tu la recherches ? C'est ta meilleure compagne ?

Oh non, non, je ne suis pas un solitaire dans l'âme. Au contraire, j'adore les rencontres. Les rencontres, c'est même le principal but de mon voyage. Je voyage seul parce que c'est déjà très difficile de réussir un grand voyage seul alors à deux, c'est impossible, les problèmes sont multipliés par deux. Et puis, pour faire des rencontres, il vaut mieux être seul. A deux, en moto, on ferait peur aux villageois. Personne ne viendrait vers nous. Seul, je suis vulnérable mais je suis plus abordable. C'est le prix qu'il faut payer.

A part ce qui fait les spécificités évidentes de chaque pays, y a t-il quelque chose de précieux qu'on rencontre ailleurs et qu'on ne trouve pas en France et peut-être pas non plus en Australie ?

Oui, c'est la chaleur humaine. Le sens de la famille et la chaleur humaine qu'on rencontre au sein de la famille. Dans les pays développés comme la France ou l'Australie, on cherche trop à gagner de l'argent, à acheter des trucs, des machines, des choses extérieures à nous alors que dans des pays plus traditionnels, plus pauvres comme le Bengladesh ou la Colombie, la seule richesse qu'ils ont c'est leur cœur, leur famille. Alors leur chaleur humaine est incomparablement plus forte. Ils n'ont pas grand chose mais ils se réunissent entre eux, ils chantent, ils rient, ils partagent le repas et c'est ça leur joie, et ça leur suffit. Cette chaleur là, cette joie là, elles ne s'achètent pas. Elles n'ont pas de prix parce qu'elles sont plus précieuses que tout ce qui s'achète. Et nous, dans nos pays riches, on a perdu ça. Il ne nous reste que ce qui a une valeur marchande.
Voilà, c'est ça que je recherche, c'est l'humanité. Ca n'a rien à voir avec ce qu'on voit à Los Angeles par exemple où tout le monde t'accueille avec un grand sourire et le lendemain, on t'oublie complètement. Dans les pays que j'ai traversés, quand un lien est tissé, il est là pour la vie.

C'est un paradoxe assez étonnant parce que toi tu as quitté ta famille pour venir vivre en Australie !

Ah oui, c'est vrai, mais je peux te dire qu'avec mes enfants, il n'y a rien de plus important pour moi que mes parents, ma famille. Je suis très proche d'eux. Ils viennent chaque année me voir. On se téléphone toutes les semaines. Je suis plus proche d'eux par le cœur que beaucoup de gens qui vivent à deux pas de leur parents tu vois. La distance, c'est rien.

Tu es aussi un coureur de marathon. As-tu pensé laisser ta moto au garage pour faire un jour un voyage en courant ?

Non, j'ai commencé à courir quand j'ai arrêter les courses de moto. Quand j'ai eu mes deux enfants, je ne voulais plus prendre ce genre de risques et puis les courses de moto, ça coûte cher. Alors comme je voulais faire du sport, j'ai commencé à faire du jogging puis j'ai participé à des marathons. A New York, Berlin, Londres…A New York par exemple, j'ai fini 218ème sur 30 000 participants. Et 1er pour l'Australie.

Alors quel est la prochaine aventure en préparation ?

Alors le prochain voyage est prévu l'année prochaine. C'est carrément un tour du monde en moto. Je démarre par l'Afrique, l'Egpte, le Moyen-Orient, la Turquie, l'Europe, toute la Russie, puis le Japon, les Etats-Unis et de là, je descend jusqu'au sud de l'Argentine, en Terre de feu.

Est-ce que tu te sens un peu partout chez toi ou est-ce encore la France
ton vrai port d'attache ?

Ah oui, mon pays, c'est la France. Ca, y a rien à faire. Je me sens français à 100%. Pourtant, j'ai maintenant vécu plus longtemps en Australie qu'en France, mais je suis français. J'adore vivre en Australie, c'est un pays hyper agréable mais je suis français. Et ça, je crois que ça ne changera jamais. Je ne me sens pas déraciné du tout, au contraire, j'ai des racines et des ailes.

Didier Martin
Melbourne - Australie
Email: didiermartin56@hotmail.com
Depuis octobre 2002, Didier Martin fait un tour du monde en moto.
Le but de son voyage est de rencontrer des enfants des pays les plus démunis
pour rapporter des films qu'il présentera à son retour en Australie afin
d'aider l'association World Vision.
Vous poouvez suivre son périple sur son site internet :
Web site: www.ride4kids.t2u.com

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