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JEANNINE
SANDMAYER
Déléguée
des français à l'étranger
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| Jeannine Sandmayer vit
en Australie depuis 20 ans. Elle a néanmoins gardé
son charmant accent méridional de Narbonne. Tous les
français de Melbourne la connaissent. Elle a travaillé
14 ans au Consulat. Aujourd'hui, le Consulat de Melbourne
a fermé ses portes, mais elle continue d'exercer un
rôle très important au sein de la communauté
française puisqu'elle a été élue
déléguée des français d'Australie,
de Nouvelle-Zélande et du Pacifique sud. |
- Jeannine, pourquoi as-tu quitté
la France en 1981 pour aller vivre bien loin de ton pays d'origine?
Pour les enfants. Surtout
pour les enfants. Nous habitions mon mari et moi en banlieue parisienne.
Dans une banlieue qu'on appelle sensible aujourd'hui. Moi, j'étais
fonctionnaire, dans un service social. On avait déjà
un enfant. On le mettait à la crèche. Mon mari était
déjà pâtissier. Il travaillait dans des restaurants.
Il rentrait souvent après minuit. On ne se voyait pas beaucoup.
On communiquait par petits mots. On gagnait de l'argent mais ce n'était
pas une vie. Ce n'était pas en tout cas la vie qu'on souhaitait.
Alors on a cherché à partir.
- Tu as tout de suite pensé
à l'Australie?
Non. Mon mari a eu d'abord une
proposition de travail au Zaïre. Mais je venais d'avoir une promotion
dans mon service alors nous l'avons refusée. Une chance pour
nous car l'équipe française qui est partie au Zaïre
à ce moment-là a été massacrée!
Par la suite, mon mari a eu une autre proposition à Madagascar.
Et là, nous sommes partis. Ca a été idyllique.
Seulement le contrat était de deux ans et nous avons donc dû
rentrer en France. Mais là, c'était fini, on ne pouvait
plus s'adapter à la vie parisienne. C'était encore la
cavalcade. On ne voulait pas que nos enfants grandissent dans ce contexte.
Mon mari a eu un contrat avec une société australienne.
On a sauté sur l'occasion pour partir. Quand on est arrivé
ici, j'ai trouvé que c'était un paradis. On habitait
pourtant dans un petit appartement, mais c'était déjà
formidable. Il y avait des parcs partout. C'était super pour
les enfants. Les gens étaient très accueillants. On
ne parlait pas bien l'anglais mais on s'est vite fait des amis de
toutes les nationalités. On ne roulait pas sur l'or mais on
n'était pas venus ici pour faire fortune. D'ailleurs, je ne
crois pas qu'on fait fortune en Australie, ou alors il faut arriver
avec beaucoup d'argent. D'ailleurs les français qui immigrent
ici viennent surtout pour la qualité de la vie. Je connais
des français qui ont une très bonne situation en France
et de hauts diplômes qui quittent tout pour venir vivre ici.
Pourquoi? Pour la qualité de la vie.
Malheureusement, le contrat de mon mari était à durée
déterminée. Alors il a fallu encore partir et revenir
travailler en France en 85. J'ai été mutée à
Lyon. C'était un peu plus vivable que Paris mais à Lyon,
moi qui venait de Paris et en plus d'Australie, je n'ai jamais été
acceptée et mon mari non plus, il ne pouvait même pas
trouver de travail. C'était l'horreur. Alors re belote, re-déménagement,
on a décidé de retourner en Australie pour de bon. Pas
facile. Mais là, on a respiré. Mon mari a tout de suite
retrouvé du travail et moi, je me suis présenté
au Consulat. Il se trouve qu'ils cherchaient justement quelqu'un.
- Et là, ton rôle
au Consulat de Melbourne commence.
Oui. Au départ,
c'était très administratif, très froid et moi,
j'ai essayé d'apporter de la chaleur aux gens, de les aider
et j'ai eu la chance de travailler avec des Consuls qui me laissaient
carte blanche. J'avais toujours cette vocation sociale. Je voulais
apporter plus de relations humaines et moins de paperasserie. Ca m'a
amené la sympathie et même l'amitié de beaucoup
de français ici.
C'est pas facile quand on arrive à l'étranger, on est
perdu. Alors moi, j'essayais comme je pouvais de les renseigner, de
les guider. Parce qu'on est une communauté. Il faut s'entre
aider !
- Donc 14 ans au Consulat
et tu apprends que cela va s'arrêter en 2000, que le Consulat
va fermer. Quelle a été ta réaction?
Ca a été un choc
pour moi bien sûr. Je pensais à moi, à mon emploi,
mais aussi aux français qui avaient besoin des services de
leur Consulat. Alors je me suis penchée sur les textes de loi
- j'avais quand même travaillé 8 ans à Paris dans
différents services administratifs, les tribunaux
- et
j'ai vu que rien ne s'opposait à ce que je présente
ma candidature pour être déléguée des français.
Je me suis présentée. J'avais vu certaines choses qui
ne me plaisaient pas dans l'administration, j'en connaissais tous
les rouages, je voulais avoir les moyens de défendre les droits
et les intérêts de ma communauté. Je ne supporte
pas l'injustice.
Le ministère était un peu réticent mais ils ont
laissé faire. Ils ne s'attendaient pas à ce que je gagne
et qu'en plus, j'obtienne le meilleur score, le meilleur suffrage
dans le monde. J'en profite pour remercier encore les français
qui m'ont soutenue. J'ai déjà organisé une réunion
avec des représentants de la communauté, des français
de tout milieu social, parce que je ne veux pas faire de différence.
Les français qui vivent ici, ce sont des gens qui ont travaillé
dur pour s'en sortir. Ils sont venus chercher une meilleure qualité
de vie mais ce ne sont pas des nantis.
- Alors quel est ton rôle,
comment tu peux aider ces français?
Je représente les français
d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du pacifique sud au Sénat
à Paris. J'y vais une ou deux fois par an. On siège
à peu près deux semaines. On est 153 délégués
des français à l'étranger dans le monde dont
seulement 22 femmes. Et on n'a qu'une femme Sénateur, la femme
qui m'a d'ailleurs soutenue et sponsorisée dans ma campagne.
Alors j'arrive avec toutes les questions et les requêtes que
m'ont transmises les français et moi, je les soumets et je
les défends devant l'assemblée. Ca concerne souvent
les impôts, les pensions, les retraites, le maintien de notre
nationalité française pour ceux qui ont la double nationalité,
les accords avec l'Australie
il faut défendre nos droits!
Voilà, ça passe en commission puis en assemblée
plénière. Et là, on vote.
On arrive à obtenir comme ça de nouvelles lois pour
l'amélioration de la vie des français à l'étranger.
Je me bats notamment pour que les français à l'étranger
ne soient pas considérés comme des citoyens de seconde
classe sous prétexte qu'ils ne vivent pas sur le territoire
national.
J'ai l'habitude de ce genre de négociations parce que je suis
syndiquée depuis quelques années et je me suis déjà
battue par exemple en 93 pour faire établir un statut de l'employé
local qui travaille au consulat. Avant, nous n'avions pas de statut,
pas de contrat. On nous prenait comme vacataire et il n'y avait aucune
trace. Les gens n'étaient même pas déclarés,
c'était incroyable. Maintenant, ça y est, le texte a
été voté en avril 2000. Les locaux ont un statut,
une grille de salaire, ils existent au niveau de la loi quoi.
Aujourd'hui, en tant que déléguée, j'ai une position
qui me permet d'aider encore mieux les français. Il faut savoir
qu'il y a l'Ambassadeur, son conseiller, et nous, délégués,
nous sommes en 3ème position, au-dessus même du consul
général, en ce qui concerne le droit administratif.
Je suis élue pour 6 ans et je travaille en collaboration avec
d'autres délégués, particulièrement Mr
Vladimir Perm, Mr Mc Col ou Mr Corneloup sur Melbourne.
- Comment sont considérés
les français qui partent vivre à l'étranger par
le gouvernement français?
Certains pensent que c'est bénéfique
pour la France, parce que nous représentons tous en quelque
sorte la France à l'étranger, que nous soyons cuisinier,
artiste, ingénieur ou architecte. D'autres sont affolés
par la "fuite des cerveaux français" à l'étranger.
Et les trois pays qui attirent le plus les français sont dans
cet ordre : les États-Unis, le Canada et l'Australie. En tout
cas, ils trouvent qu'on ne vote pas assez. C'est important, il faut
voter. Mais je leur dis que pour ça, il faut que les français
à l'étranger soient aussi bien informés. Il devrait
y avoir plus d'informations et plus de relations humaines surtout.
- En pratique, si un français
a besoin d'un conseil, d'une aide, il peut t'appeler et te soumettre
ses questions?
Oui, oui, il m'appelle ou il
m'envoie une lettre. L'administration, c'est très compliqué.
Alors qu'ils n'hésitent pas à m'appeler. J'ai travaillé
aux affaires sociales, à l'intérieur, à la justice
et aux affaires étrangères. Je peux donc je crois les
conseiller sur presque tous leurs problèmes administratifs.
- Alors pour que tout soit
clair, peux-tu préciser un peu ton statut en tant que déléguée?
C'est un travail bénévole.
Je ne perçois aucun salaire associé à cette fonction.
Je ne reçois qu'une subvention qui me permet seulement de couvrir
mes frais, mes voyages en France, en Australie
c'est tout.
- Ce rôle de déléguée
te permet d'aller plus régulièrement en France. N'as-tu
pas parfois envie de retourner y vivre?
Non, j'aime la France bien sûr,
mais ici, les enfants ont plus d'opportunités je pense. Et
je ne voudrais pas vivre les problèmes de violence qu'ils connaissent
de plus en plus en France, à Paris, dans les grandes villes
et un peu partout maintenant. On est tranquilles ici. On est bien.
Ca me rappelle un peu ma vie quand j'étais jeune dans le midi.
- Y a t-il eu des époques
tumultueuses au Consulat. Je pense aux essais nucléaires par
exemple?
Oui, l'année des
essais nucléaires, en 98 si je me souviens bien, ça
a été le plus dur. On redoutait vraiment d'aller au
Consulat. C'était épique! Moi, j'ai eu des menaces,
on se faisait insulter, j'ai reçu un gâteau à
la crème qui m'a éclaté à la figure, une
couronne de fleurs qu'on m'a flanquée sur la tête, des
choses comme ça. On avait peur quand même.
Et nous, les employés locaux, nous n'avions ni assurance ni
prime de risque. S'il m'était arrivé quelque chose,
ma famille n'aurait rien eu. Il y avait des injustices. C'est pour
ça que j'ai commencé à agir. Je suis révoltée
quand je vois des injustices. Je crois que c'est ça qui m'a
toujours poussée à agir. C'est peut-être pour
ça que je suis déléguée et pour ça
que les français m'ont élue. Je ne laisse pas passer
les injustices!
Jeannine Sandmayer
Conseiller pour l'Australie,
la Nouvelle-Zélande et le Pacifique Sud
6 Rodney Close
Blackburn South - Vic 3130. Australie
Tel/Fax: (03) 9877 3754
Email: j.sandmayer@csfe.org
Website: www.csfe.org
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