Version Française
Home and Summary
Discover who is behind "Comme en France"
Enjoy Authentic Flavours of French Countryside
Order our products at the best conditions
French Forum
Lots of French Address in Australia
Discover French Countryside
A question? An opinion? Tell us more...
Your best messages and some interisting profiles
Français
Home
Us
Our Products
Order
Forum
In Australia
French
Countryside
Contact
You
YOU
16/03/01

JEANNINE SANDMAYER
Déléguée des français à l'étranger
Jeannine Sandmayer vit en Australie depuis 20 ans. Elle a néanmoins gardé son charmant accent méridional de Narbonne. Tous les français de Melbourne la connaissent. Elle a travaillé 14 ans au Consulat. Aujourd'hui, le Consulat de Melbourne a fermé ses portes, mais elle continue d'exercer un rôle très important au sein de la communauté française puisqu'elle a été élue déléguée des français d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du Pacifique sud.

- Jeannine, pourquoi as-tu quitté la France en 1981 pour aller vivre bien loin de ton pays d'origine?

Pour les enfants. Surtout pour les enfants. Nous habitions mon mari et moi en banlieue parisienne. Dans une banlieue qu'on appelle sensible aujourd'hui. Moi, j'étais fonctionnaire, dans un service social. On avait déjà un enfant. On le mettait à la crèche. Mon mari était déjà pâtissier. Il travaillait dans des restaurants. Il rentrait souvent après minuit. On ne se voyait pas beaucoup. On communiquait par petits mots. On gagnait de l'argent mais ce n'était pas une vie. Ce n'était pas en tout cas la vie qu'on souhaitait. Alors on a cherché à partir.

- Tu as tout de suite pensé à l'Australie?

Non. Mon mari a eu d'abord une proposition de travail au Zaïre. Mais je venais d'avoir une promotion dans mon service alors nous l'avons refusée. Une chance pour nous car l'équipe française qui est partie au Zaïre à ce moment-là a été massacrée!
Par la suite, mon mari a eu une autre proposition à Madagascar. Et là, nous sommes partis. Ca a été idyllique. Seulement le contrat était de deux ans et nous avons donc dû rentrer en France. Mais là, c'était fini, on ne pouvait plus s'adapter à la vie parisienne. C'était encore la cavalcade. On ne voulait pas que nos enfants grandissent dans ce contexte.
Mon mari a eu un contrat avec une société australienne. On a sauté sur l'occasion pour partir. Quand on est arrivé ici, j'ai trouvé que c'était un paradis. On habitait pourtant dans un petit appartement, mais c'était déjà formidable. Il y avait des parcs partout. C'était super pour les enfants. Les gens étaient très accueillants. On ne parlait pas bien l'anglais mais on s'est vite fait des amis de toutes les nationalités. On ne roulait pas sur l'or mais on n'était pas venus ici pour faire fortune. D'ailleurs, je ne crois pas qu'on fait fortune en Australie, ou alors il faut arriver avec beaucoup d'argent. D'ailleurs les français qui immigrent ici viennent surtout pour la qualité de la vie. Je connais des français qui ont une très bonne situation en France et de hauts diplômes qui quittent tout pour venir vivre ici. Pourquoi? Pour la qualité de la vie.
Malheureusement, le contrat de mon mari était à durée déterminée. Alors il a fallu encore partir et revenir travailler en France en 85. J'ai été mutée à Lyon. C'était un peu plus vivable que Paris mais à Lyon, moi qui venait de Paris et en plus d'Australie, je n'ai jamais été acceptée et mon mari non plus, il ne pouvait même pas trouver de travail. C'était l'horreur. Alors re belote, re-déménagement, on a décidé de retourner en Australie pour de bon. Pas facile. Mais là, on a respiré. Mon mari a tout de suite retrouvé du travail et moi, je me suis présenté au Consulat. Il se trouve qu'ils cherchaient justement quelqu'un.

- Et là, ton rôle au Consulat de Melbourne commence.

Oui. Au départ, c'était très administratif, très froid et moi, j'ai essayé d'apporter de la chaleur aux gens, de les aider et j'ai eu la chance de travailler avec des Consuls qui me laissaient carte blanche. J'avais toujours cette vocation sociale. Je voulais apporter plus de relations humaines et moins de paperasserie. Ca m'a amené la sympathie et même l'amitié de beaucoup de français ici.
C'est pas facile quand on arrive à l'étranger, on est perdu. Alors moi, j'essayais comme je pouvais de les renseigner, de les guider. Parce qu'on est une communauté. Il faut s'entre aider !

- Donc 14 ans au Consulat et tu apprends que cela va s'arrêter en 2000, que le Consulat va fermer. Quelle a été ta réaction?

Ca a été un choc pour moi bien sûr. Je pensais à moi, à mon emploi, mais aussi aux français qui avaient besoin des services de leur Consulat. Alors je me suis penchée sur les textes de loi - j'avais quand même travaillé 8 ans à Paris dans différents services administratifs, les tribunaux… - et j'ai vu que rien ne s'opposait à ce que je présente ma candidature pour être déléguée des français. Je me suis présentée. J'avais vu certaines choses qui ne me plaisaient pas dans l'administration, j'en connaissais tous les rouages, je voulais avoir les moyens de défendre les droits et les intérêts de ma communauté. Je ne supporte pas l'injustice.
Le ministère était un peu réticent mais ils ont laissé faire. Ils ne s'attendaient pas à ce que je gagne et qu'en plus, j'obtienne le meilleur score, le meilleur suffrage dans le monde. J'en profite pour remercier encore les français qui m'ont soutenue. J'ai déjà organisé une réunion avec des représentants de la communauté, des français de tout milieu social, parce que je ne veux pas faire de différence. Les français qui vivent ici, ce sont des gens qui ont travaillé dur pour s'en sortir. Ils sont venus chercher une meilleure qualité de vie mais ce ne sont pas des nantis.

- Alors quel est ton rôle, comment tu peux aider ces français?

Je représente les français d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du pacifique sud au Sénat à Paris. J'y vais une ou deux fois par an. On siège à peu près deux semaines. On est 153 délégués des français à l'étranger dans le monde dont seulement 22 femmes. Et on n'a qu'une femme Sénateur, la femme qui m'a d'ailleurs soutenue et sponsorisée dans ma campagne.
Alors j'arrive avec toutes les questions et les requêtes que m'ont transmises les français et moi, je les soumets et je les défends devant l'assemblée. Ca concerne souvent les impôts, les pensions, les retraites, le maintien de notre nationalité française pour ceux qui ont la double nationalité, les accords avec l'Australie…il faut défendre nos droits!
Voilà, ça passe en commission puis en assemblée plénière. Et là, on vote.
On arrive à obtenir comme ça de nouvelles lois pour l'amélioration de la vie des français à l'étranger. Je me bats notamment pour que les français à l'étranger ne soient pas considérés comme des citoyens de seconde classe sous prétexte qu'ils ne vivent pas sur le territoire national.
J'ai l'habitude de ce genre de négociations parce que je suis syndiquée depuis quelques années et je me suis déjà battue par exemple en 93 pour faire établir un statut de l'employé local qui travaille au consulat. Avant, nous n'avions pas de statut, pas de contrat. On nous prenait comme vacataire et il n'y avait aucune trace. Les gens n'étaient même pas déclarés, c'était incroyable. Maintenant, ça y est, le texte a été voté en avril 2000. Les locaux ont un statut, une grille de salaire, ils existent au niveau de la loi quoi.
Aujourd'hui, en tant que déléguée, j'ai une position qui me permet d'aider encore mieux les français. Il faut savoir qu'il y a l'Ambassadeur, son conseiller, et nous, délégués, nous sommes en 3ème position, au-dessus même du consul général, en ce qui concerne le droit administratif. Je suis élue pour 6 ans et je travaille en collaboration avec d'autres délégués, particulièrement Mr Vladimir Perm, Mr Mc Col ou Mr Corneloup sur Melbourne.

- Comment sont considérés les français qui partent vivre à l'étranger par le gouvernement français?

Certains pensent que c'est bénéfique pour la France, parce que nous représentons tous en quelque sorte la France à l'étranger, que nous soyons cuisinier, artiste, ingénieur ou architecte. D'autres sont affolés par la "fuite des cerveaux français" à l'étranger.
Et les trois pays qui attirent le plus les français sont dans cet ordre : les États-Unis, le Canada et l'Australie. En tout cas, ils trouvent qu'on ne vote pas assez. C'est important, il faut voter. Mais je leur dis que pour ça, il faut que les français à l'étranger soient aussi bien informés. Il devrait y avoir plus d'informations et plus de relations humaines surtout.

- En pratique, si un français a besoin d'un conseil, d'une aide, il peut t'appeler et te soumettre ses questions?

Oui, oui, il m'appelle ou il m'envoie une lettre. L'administration, c'est très compliqué. Alors qu'ils n'hésitent pas à m'appeler. J'ai travaillé aux affaires sociales, à l'intérieur, à la justice et aux affaires étrangères. Je peux donc je crois les conseiller sur presque tous leurs problèmes administratifs.

- Alors pour que tout soit clair, peux-tu préciser un peu ton statut en tant que déléguée?
C'est un travail bénévole. Je ne perçois aucun salaire associé à cette fonction. Je ne reçois qu'une subvention qui me permet seulement de couvrir mes frais, mes voyages en France, en Australie…c'est tout.

- Ce rôle de déléguée te permet d'aller plus régulièrement en France. N'as-tu pas parfois envie de retourner y vivre?

Non, j'aime la France bien sûr, mais ici, les enfants ont plus d'opportunités je pense. Et je ne voudrais pas vivre les problèmes de violence qu'ils connaissent de plus en plus en France, à Paris, dans les grandes villes et un peu partout maintenant. On est tranquilles ici. On est bien. Ca me rappelle un peu ma vie quand j'étais jeune dans le midi.

- Y a t-il eu des époques tumultueuses au Consulat. Je pense aux essais nucléaires par exemple?

Oui, l'année des essais nucléaires, en 98 si je me souviens bien, ça a été le plus dur. On redoutait vraiment d'aller au Consulat. C'était épique! Moi, j'ai eu des menaces, on se faisait insulter, j'ai reçu un gâteau à la crème qui m'a éclaté à la figure, une couronne de fleurs qu'on m'a flanquée sur la tête, des choses comme ça. On avait peur quand même.
Et nous, les employés locaux, nous n'avions ni assurance ni prime de risque. S'il m'était arrivé quelque chose, ma famille n'aurait rien eu. Il y avait des injustices. C'est pour ça que j'ai commencé à agir. Je suis révoltée quand je vois des injustices. Je crois que c'est ça qui m'a toujours poussée à agir. C'est peut-être pour ça que je suis déléguée et pour ça que les français m'ont élue. Je ne laisse pas passer les injustices!


Jeannine Sandmayer
Conseiller pour l'Australie,
la Nouvelle-Zélande et le Pacifique Sud
6 Rodney Close
Blackburn South - Vic 3130. Australie
Tel/Fax: (03) 9877 3754
Email: j.sandmayer@csfe.org
Website: www.csfe.org


Comme en France