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15/03/01

MATT CAMPBELL
Matt : un homme brillant
Quel est le point commun entre un australien, un français, un acteur, un moniteur de ski et un producteur? Réponse : Matt Campbell.
Matt est peut-être l'australien qu'on rêve de rencontrer quand on est français (ou plutôt française) : charmant, charmeur, des yeux pétillants et malicieux, un sourire radieux, beaucoup d'humour, de naturel…et une vie passionnante! Mais est-ce pour cela que nous avons dressé son portrait? Oui, un peu, mais surtout parce que cet australien est un amoureux de la France et des français. Désolé si cette interview écrite ne retranscrit pas le charme de l'accent et des petites fautes de français de Matt Campbell. Ca manque, mais vous le verrez sûrement un jour à la télé présenter l'un de ses reportages.

- Matt Campbell, tu es présentateur et producteur de films et d'émissions télévisées, tu vis moitié en France, moitié en Australie. Ta femme est d'ailleurs française. Raconte-nous un peu ton parcours et comment la France est entrée dans ta vie.

Par accident! Enfin, en même temps, il n'y a pas de hasard dans la vie. J'ai d'abord commencé par être acteur. Vers 19 ans, on ne me donnait que des rôles de policier. J'en avais marre. Et un jour, j'ai dit à mon agent, la prochaine fois, si je dois encore faire le policier, j'arrête, je m'en vais! Alors voilà, je suis parti!
Comme j'étais en même temps moniteur de ski à cette époque, je suis allé exercer cette profession en France, dans les Alpes, durant une saison. Et là, je suis tombé amoureux de Valloire…et d'une française. Deux bonnes raison de refaire le voyage. J'y suis donc retourné pendant 5 ans, tous les hivers.

- Tu parlais déjà bien français à cette époque?

Non, pas du tout! Alors les français m'ont expliqué que le meilleur moyen d'apprendre, c'était de flirter avec des françaises. Je ne suis pas toujours les conseils qu'on me donne mais là…Enfin, c'est comme ça que j'ai rencontré ma femme, qui est du midi.
Bon, je raconte la suite. Après ces 5 ans de sports de glisse, mon médecin m'a dit "tu fais trop souffrir tes genoux. Si tu veux pouvoir marcher à 50 ans, change de métier!".
Bon. Je n'avais pas le choix. J'ai alors trouvé un travail chez un photographe à Valloire. Je suis devenu commercial. Je tournais dans toute la région pour vendre des cartes postales. Je ne travaillais que 6 mois de l'année et j'étais payé 12 mois!
Du coup, j'ai eu du temps pour chercher à revenir petit à petit à ma première passion : le cinéma et la télévision. Pas en tant qu'acteur cette fois-ci, mais par le biais de la distribution, de la production.
Il y avait deux émissions que j'adorais en France, c'était "Thalassa" et "Faut pas rêver".
J'ai donc appelé France Télévision et je leur ai demandé s'il y avait quelqu'un qui s'occupait de distribuer ces émissions pour eux en Australie. Ils m'ont dit "non, personne. On a du mal avec l'Australie. Les directeurs de chaînes australiens sont trop arrogants. On n'arrive même pas à avoir un rendez-vous". Les australiens disent la même chose des français, mais bon, bref, je leur ai dit : "moi, je peux m'en occuper si vous voulez". Il m'ont dit ok.
Je ne savais rien de ce métier mais j'ai fait comme d'habitude, je me suis lancé. Je suis allé taper aux portes des télés australiennes avec mes émissions et je leur ai dit "c'est génial, il faut absolument les programmer". Bon. j'ai mis deux ans! Deux ans pour comprendre comment ça marchait dans ce métier et un beau jour (c'était vraiment un beau jour), SBS m'a acheté 300 reportages de "Faut pas rêver". Et ça continue, on en est à plus de 800 documentaires diffusés maintenant.
Suite à ça, je suis devenu l'agent en Australie pour tout le catalogue France Télévision. Et l'argent que j'ai gagné avec ça m'a permis à mon tour de me lancer dans la production. Je pouvais m'auto financer.

- Mais c'était encore un métier différent!


Oui, et je ne connaissais rien à ce métier là non plus, je n'avais jamais été derrière la caméra mais bon, pas de problème! (Il éclate de rire). Je me suis entouré d'une bonne équipe et j'ai fais des reportages en Australie. Et puis à l'occasion des jeux Olympiques de Sydney, j'ai réalisé pour Télé Matin sur France 2, des films sur les villes australiennes, la façon de vivre des australiens, la vraie Australie en fait. Et ça a été un succès.
Maintenant je prépare des reportages sur la barrière de corail et sur le territoire du nord pour Thalassa d'ailleurs! France télévision distribution m'a choisi comme consultant pour le développement de leurs chaînes dans les pays anglophones. J'arrive avec un gros chéquier et j'achète des émissions. Autant dire que je suis plutôt bien accueilli.

- Petit exercice de style…Toi qui connais autant les australiens que les français, peux-tu nous tracer un portrait de ces deux nationalités au masculin et au féminin.

Exercice difficile. Bon, en fait, c'est pas du tout le même esprit. En Australie, on a de l'espace. On a une très belle vie. Mes parents n'avait pas beaucoup d'argent, mais la nature est gratuite. Ici, on a une très belle vie. Alors on est relax. Moins stressé. Et puis on ne porte pas deux mille ans d'histoire sur les épaules. On n'a quasiment pas d'histoire. On est plus libres. Ca nous donne je pense cette fameuse naïveté qui nous permet de faire beaucoup de choses parce qu'on ne voit pas les barrières.
Les français, avant de commencer quelque chose, ils analysent, ils disent oh, il y a ce problème là, ça et ça et ça et puis ils abandonnent. L'australien ne voit pas tout ça, il dit yeah, yeah, I can do that! Je peux le faire. Et il y va. Il échoue sûrement une fois sur deux mais il bouge. Et ça marche. Moi, c'est comme ça que j'avance.
Quand j'ai commencé à entrer dans le milieu de la télé, en France, je n'ai rien dit à personne avant d'y arriver. Parce que si j'en avais parlé, moi qui ne connaissais rien à ce métier ou presque, ils m'auraient dit "mais t'as pété les plombs, tu rêve l'australien!".
Ici, en Australie, quand tu vas voir une entreprise avec un CV de 5 pages qui raconte que tu as changé plusieurs fois de métier et que tu as monté des boîtes qui ont fait faillite, on ne te prend pas pour un guignol. L'employeur se dit "ce mec bouge, il essaye, c'est bien". En France, si t'as pas les diplômes et l'expérience de 5 ou 6 ans pour un boulot, la porte reste fermée. Moi, le seul diplôme que j'ai c'est celui de moniteur de ski.

- Ok, c'est vraiment intéressant, mais quel est l'atout du français dans tout ça?


En France, ils ont la culture. Ici, on a l'agriculture. En France, les artistes, les intellectuels sont écoutés, respectés. Ils sont importants. Ici, en Australie, personne n'en parle. Personne ne les connaît. Ici, sur la première page du journal, on ne lit jamais les pensées d'un intellectuel. On voit les résultats d'un match de footy ou un accident de voiture, c'est tout. Quand il y a eu le référendum il y a quelque mois pour savoir si l'Australie allait rester avec la reine d'Angleterre ou être une vraie république, je suis allé le soir à une fête où il y avait le gratin de Melbourne, des hommes d'affaires, des hommes politiques…et bien personne n'en disait un mot. En France, tout le monde aurait discuté de ça! C'est pour ça que j'adore parler avec les français. Les français sont passionnants.

- Et les Française?


Ah, j'adore les françaises. Elles sont plus raffinées, plus élégantes, plus féminines. Les australiennes sont sympas mais c'est pas du tout pareil. Bon, c'est une question de culture là aussi. Désolé pour les australiennes. Il y en a des super. J'adore les femmes de toute façon.

- Qu'aimes-tu particulièrement retrouver quand tu es en France et quand tu es en Australie?

Ah, quand je rentre en Australie, je dis ouf! Je souffle. Pas de foule, pas de bruit. Je peux aller faire mes courses au supermarché sans être bousculé et sans attendre une heure à la caisse. Les gens sont relax. En France, c'est la folie!

- La violence?

Non, là, je trouve que c'est pareil. Ici, en Australie, c'est un sport d'aller se bourrer la gueule. Alors gentil ou méchant, quand on est bourré, on se tabasse pour rigoler. c'est encore un peu l'esprit cow boy à la campagne ici. On peut autant se faire agresser ou voler sa voiture ici qu'en France. Il y a juste des quartiers à éviter. C'est pareil qu'à Paris.

- Et quand tu rentres en France, qu'est-ce que tu aimes retrouver?


Oh, les fromages, les vins, mais je dis toujours un truc que les français n'acceptent pas : à part les grands restaurants avec des étoiles au guide Michelin, je trouve qu'à Melbourne, on mange mieux qu'à Paris. Il y a de super restaurants ici. Et c'est toujours parce que les australiens n'ont pas de barrières. Ils sont donc plus inventifs. En France, peu de chefs osent changer les habitudes et les traditions. Un coq au vin ou une escalope normande, ça se fait comme ça et pas autrement. Ma mère la faisait comme ça, ma grand-mère, mon arrière grand-mère la faisait comme ça, il ne faut rien changer. Ici, c'est libre, tout est permis. En architecture, c'est pareil. Au pays basque, on fait des maisons blanches avec des volets rouges. Dans le midi, on fait des maisons blanches. Et pas autrement. Ici, on passe d'une maison flamande à une maison victorienne à une maison du type futuriste et tout ça, dans la même rue. C'est pas très homogène évidemment, mais c'est libre. Je connais des architectes français qui rêvent de venir travailler en Australie!

- Tu es un familier des plateaux de télévision. Que penses-tu de la télévision française et australienne. On retrouve le même type d'émissions ou est-ce vraiment différent?

Je trouve que la télé française est en général meilleures qu'ici, mis à part SBS et ABC. Mais la télé se cherche en ce moment, que ce soit en France, en Australie ou ailleurs. Avec l'explosion des télés par câble et par satellite, les télés thématiques, les directeurs de programmes doivent repenser toute leur stratégie.
Mais je crois que le cinéma australien a beaucoup d'avenir parce qu'il n'est pas hollywoodien, il offre quelque chose de différent, comme le cinéma français d'ailleurs. C'est pour ça qu'il y a un respect des artistes entre ces deux pays.

- As-tu des projets, vas-tu encore changer de métier?

Non, là, j'ai trouvé ma voie. Le jour où je me suis mis derrière la caméra, j'ai senti que j'étais à ma place. Je n'avais jamais fait ça avant, mais je me sentais guidé, comme si j'avais toujours fait ça. Quand on sent ça, on peut dire, ça y est, je me suis trouvé! J'ai plein de projets en tant que producteur mais c'est secret…

- Tu as un parcours étonnant et remarquable. Est-ce que le fait de vivre en France t'a permis de progresser?

Je n'en serais pas là si il n'y avait pas eu la France dans ma vie. Je ne suis pas plus intelligent qu'un autre mais c'est mon vécu en France qui m'a permis de faire ce que je fais. J'ai beaucoup appris en France, mais si j'ai réussi ce que j'ai entrepris en général, c'est parce que j'ai l'esprit australien. C'est l'alchimie du mélange!

Matt Campbell
Producer & Consultant


Comme en France